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CONFÉRENCE DE PRESSE DÉCLARATION LIMINAIRE Prof. Frédéric Joël AÏVO

Mesdames et Messieurs,



Nous sommes à quelques semaines de la fin du mandat du 4ème Président de la République du l’ère du Renouveau démocratique. Mais, à moins de 60 jours de cette échéance, que de brouillard à l'horizon, que de controverses sur l’essentiel et que d’incertitudes sur le futur immédiat.


Et pourtant, notre peuple a besoin de réponses et de solutions. Après des mois sur le terrain, à écouter nos compatriotes de tous âges et de toutes catégories socioprofessionnelles, nous savons, au moment où nous nous adressons à vous, que notre peuple veut reconquérir son pays et veut rétablir sa démocratie.


Mesdames et Messieurs,

Dans ces moments de vérité où chacun doit prendre parti et choisir d’être ou de ne pas être, notre peuple, meurtri pas cinq (5) ans d’une gouvernance à tout le moins controversée, attend de son élite politique clarté, cohérence et fidélité. C’est pour cette raison qu’au nom des millions de Béninois qui adhèrent désormais à notre combat, nous vous livrons notre analyse de la situation, notre décision et les perspectives qui s’offrent à nous.


En effet, depuis le 1er février 2019, date de l’introduction du certificat de conformité dans le processus des élections législatives, nous assistons à une accélération de la dégradation du climat politique et à la mise à risque de la paix et de la stabilité de notre pays.


Trois (3) faits majeurs, ont détérioré la qualité de notre démocratie.


Le premier facteur, c’est l’élection législative du 28 avril 2019. Dans la perspective de ce scrutin, le pouvoir a délibérément choisi d’éliminer de la compétition l’opposition et toutes les voix jugées dissonantes. Résultat : la mise en place d’un Parlement monocolore composé de 83 députés tous issus de l’Union Progressiste et du Bloc Républicain, deux partis politiques fondés, adoubés et promus par le Président de la République. C’est la première fois, depuis les premières législatives de l’ère démocratique en 1991, que l’Assemblée Nationale du Bénin se trouve unanimement acquise à la cause du Chef de l’Etat. Pas un seul opposant n’y siège, aucun débat contradictoire n’y est plus possible. Le sort de la République dépend désormais d’une Législature qui peut, à l’abri de toute forme de contestation, voter des lois inspirées du pouvoir, notamment celles qui consolident ses intérêts et qui fragilisent ses adversaires.


Le deuxième facteur, c’est le fameux dialogue tenu à Cotonou en octobre 2019. De ce dialogue ont été exclus plusieurs partis d’opposition, les organisations de la société civile, toutes les confessions religieuses, les autorités traditionnelles et les représentants des Béninois de la Diaspora. Sous le prétexte d’un consensus trouvé entre la majorité présidentielle et les FCBE, le Gouvernement a préparé plusieurs décisions controversées et réussi, dans le dos du peuple béninois et contre les forces vives de la Nation, à réviser sans débat et en toute illégalité la Constitution du 11 décembre 1990 et le Code électoral. Le dialogue a donc atteint son objectif en servant de base au durcissement de la législation d’exclusion et à la protection du pouvoir contre la volonté populaire.


Le troisième facteur, ce sont les Lois votées par cette Législature et qui ont vidé cette élection présidentielle de deux (2) principes cardinaux; d’abord, la liberté des citoyens de se porter candidat a été anéantie. Leur droit de participer à la direction des affaires de leur pays est entravé par des chicanes que le Gouvernement a déployées tout le long du processus. Ensuite, le droit du peuple souverain de choisir librement ses dirigeants sans subterfuges est aussi entravé. Le parrainage choisi à dessein par le Gouvernement est le principal moteur de l’exclusion des citoyens de la compétition électorale.


À ces actes hostiles à l’organisation d’une élection ouverte, libre, sincère et transparente se sont rajoutées d’autres, tout aussi graves. Nous en présentons deux (2).


Depuis le début, le Gouvernement oppose une résistance inédite aux décisions de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Il refuse de respecter toutes les décisions de la Cour Africaine, notamment l’arrêt du 27 novembre 2020 qui recommande notamment à l’Etat du Bénin de « prendre toutes les mesures afin d’abroger la loi du 1er novembre 2019 portant modification de la Constitution et de se conformer au principe du consensus national édicté par la Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance pour toutes autres révisions constitutionnelles avant toute élection ».


Or, l’exécution de bonne foi de ces décisions par le Gouvernement de notre pays aurait eu pour avantage de crédibiliser les élections présidentielles de cette année. Notre pays aurait alors renoué avec sa tradition démocratique et serait aujourd’hui en train de préparer un scrutin inclusif sur la base des règles consensuelles et avec la garantie que tous les Béninois en capacité d’être candidats puissent librement exercer ce droit.


Par ailleurs, contre toute attente, le corps électoral a été convoqué pour le 11 avril 2021. Il faut le souligner de deux traits, c’est bien la première fois depuis le Renouveau démocratique et les élections présidentielles de mars 1991, qu’un Gouvernement au Bénin prend le risque politique de convoquer le corps électoral et de fixer l’élection présidentielle après la fin du mandat du Président sortant. Or, en application de l’article 42 de la Constitution en vigueur depuis le 11 décembre 1990, (article 42 appliqué à ces trois (3) prédécesseurs, Nicéphore SOGLO, Mathieu KEREKOU et Boni YAYI) le Président TALON a été élu pour un mandat de cinq (5) ans qui court du 06 avril 2016 au 05 avril 2021 à minuit. Il est donc clair, sur un plan strictement juridique que le mandat du Président TALON prend fin le 5 avril 2021 et que la convocation du scrutin présidentiel pour le 11 avril est une forfaiture. Cette prorogation frauduleuse du mandat du Président de la République est un précédent grave qui présente pour le chef de l’État lui même, pour les institutions voire pour notre pays un vrai risque d’instabilité.


Mesdames et Messieurs,


Depuis lors, qu’avons nous fait ? Nous avons dénoncé de toutes nos forces ce braquage en règle des institutions. Nous avons dénoncé avec constance la substitution par la majorité présidentielle de ses règles personnelles au patrimoine démocratique consensuellement établi par les forces vives de la Nation.


Depuis lors, nous avons conseillé et recommandé.


Depuis lors, nous avons mis en garde contre l’organisation de ce scrutin en violation de toutes les décisions de justice, des règles et des principes que le peuple Béninois s’est librement donnés.


Nous sommes aujourd’hui le 16 février 2021. Nous constatons que nous ne sommes pas parvenus à convaincre le Président Talon que la révision constitutionnelle du 1er novembre 2019 est irrégulière. Nous ne sommes pas parvenus non plus à convaincre le Gouvernement que le système de parrainage choisi, dans le contexte monolithique actuel dénature l’élection. Malgré tout, malgré l’Arrêt de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, malgré l’évidence, le Président de la République est resté, jusqu'au bout, accroché au parrainage comme le soldat en guerre est accroché à son gilet pare-balle.


Mesdames et Messieurs,


Ne soyons pas dupes. On le savait, la seule raison d’être du parrainage est bien d’éloigner du Président TALON, tout candidat à sa succession, tout adversaire imprévisible, redoutable et capable de défier les lois de la fraude électorale et de le surprendre dans les urnes.


Ne soyons pas dupes. On le savait aussi, l’un des objectifs du parrainage est surtout de permettre au Président de la République, candidat à sa succession, de sélectionner et de choisir parmi les candidats, des adversaires en trompe l’œil qui, en réalité, n’ont aucune divergence politique avec lui et qui ne sont préposés que pour servir de faire-valoir.


Ne soyons pas dupes. Cela aussi, nous le savions, la finalité ultime du parrainage, est de priver les Béninois d’avoir le choix entre des courants politiques opposés, entre des Hommes et des Femmes de tempéraments différents, entre deux (2) conceptions de l’État, deux (2) visions du pays et deux (2) projets politiques clairement opposés. Voilà pourquoi malgré l’opposition d’une immense majorité de notre peuple, malgré la mobilisation des corps constitués de la Nation, des autorités traditionnelles et religieuses, le Gouvernement prend le risque d’engager le pays dans un troisième scrutin complètement délégitimé. Au total, contre vents et marrés, le Gouvernement a maintenu les Lois controversées.


Et pourtant, malgré ce diagnostic, malgré notre opposition sans ambiguïté aux actes du Gouvernement, le FRD a décidé d’engager, avec le candidat Patrice TALON, la confrontation politique dans le cadre des élections présidentielles de cette année. L’objectif de cette stratégie est d’empêcher le Gouvernement, l’Union Progressiste et le Bloc Républicain de prétexter de notre refus de participer aux élections et de profiter de notre absence du jeu électoral pour dérouler leur plan. Pour cette raison, le Collectif de l’Opposition a désigné ses candidats et les a présentés à la Nation.


Ces candidats ont présenté à la CENA un dossier complet, comprenant toutes les pièces y compris, les quitus fiscaux et la quittance de paiement au Trésor public de la caution de 50 millions de FCFA.


Mesdames et Messieurs,


La CENA doit la vérité et toute la vérité à notre peuple. La CENA doit préciser, sans entretenir le moindre amalgame sur tous les candidats qu’il ne manque aucune pièce au dossier de candidature de l’Ambassadeur Moïse KEREKOU et moi-même. Tout y était. Tout sauf le parrainage qui a été confisqué par les deux (2) partis du Président TALON et qui ont délibérément, nous disons bien délibérément choisi de ne pas les donner aux candidats opposés à leur politique.


Le pouvoir a choisi de ne pas nous parrainer mais de le distribuer à ses alliés présenter comme étant nous. Or nous c’est nous. Et, le peuple Béninois, seul juge de l’élection, sait que face au Président TALON et à sa politique il n’y a que nous qui combattons à visage découvert depuis cinq (5) ans l’injustice et qui présentons un projet alternatif.


Mesdames et Messieurs,


Contrairement aux allégations du pouvoir, certains candidats ont bel et bien pris contact individuellement avec Députés et Maires susceptibles de les parrainer. Ainsi, guidés par la recherche de la paix et la volonté de servir leur pays, ces députés et maires ont massivement dit oui avant de constater que leur liberté de parrainer est un « miroir aux alouettes », une « vaste supercherie ». Cette liberté n’existe que sur les lèvres des dirigeants de leurs partis. Ainsi ceux qui ont fait les démarches individuelles auprès des Parrains n’ont pas obtenu le Parrainage. Pire, soit ils ont été humiliés, soit des députés notamment de l’Union Progressiste leur ont reproché de ne les avoir pas approchés. Très bien.


Qu’a fait le Front ?


La démarche du FRD a été toute autre. Personnellement, j’avais fait savoir qu’il ne peut revenir aux partis au pouvoir ayant d’ores et déjà déclaré leur soutien à la candidature du Président TALON, le droit de recevoir leurs adversaires, de juger de la pertinence de leurs projets de société et en conséquence de les sélectionner pour être candidat en face de lui. Cette négociation que voulait nous imposer le Gouvernement, est contraire à toutes les idées que nous nous faisons de la démocratie. Négocier avec nos adversaires de l’Union Progressistes (UP) et du Bloc Républicain (BR), pour avoir le droit d’être candidat en face de leur candidat, est au-dessus de nos forces. Ça c’est ma position personnelle.


Mais par discipline de groupe, nous avons laissé faire le Front qui a décidé de prendre le pouvoir au jeu. Ainsi, le 04 février 2021 les partis Dynamique Unitaire pour la Démocratie et le Développement (DUD) et Grande Solidarité Républicaine (GSR) deux (2) formations politiques régulièrement enregistrées au Ministère de l’Intérieur et disposant de leur récépissé, ont investi deux (2) candidats, l’un comme Président, l’autre comme Vice-Président. Dès le lendemain, soit le vendredi 05 février 2021 M. Antoine Vissétogbé GUÉDOU, Président du parti GSR a, au nom du Front, saisi par exploit d’huissier en date du 05 février 2021, transmis le même jour, M. Abdoulaye BIO TCHANÉ Secrétaire général national du Bloc Républicain et M. Bruno AMOUSSOU, Président de l’Union Progressiste. Le Front les a informés de la désignation de leur Duo et leur a demandé de leur faciliter l’obtention du parrainage. Au 05 avril, les deux partis au Pouvoir qui ont le monopole des parrainages ne pouvaient plus ignorer que deux partis d’opposition ont investi un Duo de candidats et tiennent à ce qu’ils soient dans la course.


Face à la volonté du pouvoir d’exclure l’opposition et de se frayer un chemin, que devons nous faire ?


Capituler ? Collaborer ? Se rendre à l'adversaire ? Se compromettre en se rendant complice de la forfaiture ? Renoncer ? Ou avancer courageusement avec la foi que la cause de notre peuple triomphera irrémédiablement ? C’est cette dernière option que nous avons faite lorsque nous avons pris la décision de mobiliser nos compatriotes autour de la démocratie et du développement. Pour cela, pendant près de deux (2) ans, à travers un Dialogue itinérant, nous avons partagé cet engagement avec des centaines de milliers de citoyens, à travers près de 200 rassemblements organisés sur l’ensemble du territoire national.


Notre objectif était d’infléchir la décadence de notre démocratie et d’aider à réconcilier les enfants du Bénin dont certains sont morts, d’autres ont été jetés en prison ou contraints à l’exil.


Notre but était d’aider à apaiser les tensions dans le pays et à mettre fin à l’injustice qui frappe hommes et femmes, jeunes et plus âgés, organisations politiques, société civile, fonctionnaires du public comme salariés du privé, artisans comme femmes de marché.


Alors que nous sommes prêts, à la fin du Dialogue itinérant et à l’ouverture de l’échéance fatidique, le pouvoir poursuit sa politique d’exclusion. Néanmoins, nous sommes déterminés à prendre part à ce scrutin. Nous nous y sommes préparés et la vague populaire que nous avons réussi à lever dans tout le pays et dans la diaspora, cette vague a désormais la force nécessaire pour gagner ce combat. Depuis la décision de la CENA d’exclure du scrutin toute l’opposition, il apparaît clairement à l’opinion nationale et internationale que le Gouvernement veut opérer un passage en force et tordre le bras à notre peuple pour lui estoquer le pouvoir.


Face à cet énième forfait, nous nous battrons de toutes nos forces pour que cette élection ne soit ni privatisée ni volée aux Béninois. Nous nous battrons pour défendre notre droit de citoyen d’être candidat à l’élection présidentielle de notre pays. Nous nous battrons toujours et encore pour que notre volonté de nous mettre au service de notre pays ne dépende par de nos adversaires.


Au moment où nous nous adressons à vous, nous savons que le peuple Béninois n’acceptera pas une troisième élection vendangée et bâclée toujours pour tenir à l’écart les électeurs et les empêcher de sanctionner ce qui mérite de l’être et d’accorder leur confiance à qui le mérite.


Au moment où nous nous adressons à vous, nous savons que le peuple béninois, nourri à la démocratie depuis trente (30) ans, défendra par tous les moyens constitutionnels, son droit de choisir librement ses dirigeants.


C’est pour toutes ces raisons que nous invitons le Gouvernement à privilégier la voie du dialogue et du consensus pour prendre deux (2) mesures urgentes :


La première mesure, c’est de débarrasser notre pays du parrainage. Dans ce contexte quasi-monolithique, les dégâts du parrainage sont désormais là devant nous. Infantilisation des députés et maires, humiliation de la classe politique, entrave à la liberté de candidature, bref, privatisation de l’élection. Par conséquent, il faut courageusement s’en débarrasser – comme ils l’ont fait le 02 juin 2020 lors des communales, alors qu’ils n’avaient aucun adversaire face à eux – par l’adoption d’une loi dérogatoire modifiant le code électoral et permettant de reporter l’application du parrainage aux présidentielles après le renouvellement du parlement et des conseils communaux et municipaux à l’issu d’élections libres et pluralistes.


La deuxième mesure, c’est le réaménagement du calendrier électoral afin de permettre l’organisation de l’élection dans les délais constitutionnels et d’éviter à notre pays le vide juridique après le 05 avril 2021 à minuit.


Au regard de la gravité de la situation et prenant conscience des risques que font courir la poursuite de cette politique d’exclusion et le démantèlement de notre héritage démocratique, nous invitons l’ensemble des forces politiques, les organisations de la société civile, les forces vives de la Nation, à se tenir prêt pour défendre dans un élan patriotique, et avec les moyens que nous offre la Constitution du 11 décembre 1990, l’héritage de la conférence nationale. Dans ces circonstances, il est d’un devoir de faire barrage à toute politique fondée sur l’exclusion, à la confiscation du pouvoir et au retour déguisé au monolithisme.


À tous nos compatriotes du Bénin et de la diaspora, nous leur renouvelons nos remerciements pour leur dévouement à la cause de notre commune Patrie. Nous les assurons de notre détermination à poursuivre avec la même foi en l’avenir de notre pays, le combat en vue de l'avènement d’un gouvernement démocratique acquis aux résolutions historiques de la Conférence nationale et respectueux de notre peuple et des Lois qu’il a librement établies.


Merci pour votre aimable attention.


Vive la Démocratie

Vive le Bénin

Vive le Front pour la Restauration de la Démocratie

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